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Bibliothérapie

Posté par 4444 le 09/06/2022 pour le secteur DMZ
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Cet article a été initialement publié sur le secteur LIRE en 2021. Cette rediffusion en DMZ comprend une mise à jour via de nouvelles sources et évolutions de cette pratique.

Vous vous sentez stressé.e ? Au bout de votre vie ? Votre vie rime avec anesthésie ? Vous buvez bien plus que de raison afin d'oublier l'absurdité de votre existence ? Votre dernière thérapie chez un.e spécialiste de la santé mentale a tourné au fiasco ? Vous avez envie d'aller mieux ? À moins que vous ne soyez un peu oblatif ?
Ne cherchez plus, la bibliothérapie est faite pour vous. [1]

Commençons d'abord par le mot en lui-même. Le mot bibliothérapie est à la base un mot-valise. Du grec ancien biblion "livre" et du grec ancien θεραπεία, therapeía "cure". Celui-ci n’apparaît ni dans le Larousse ni dans le Robert. Cela nous montre que malgré sa présence, celle-ci n'est pas encore suffisamment connue que pour intégrer l'un des dictionnaires. On peut donc lui donner la définition suivante : Thérapie qui consiste à soigner le patient par l'apport de lectures souvent dirigées ou de livres afin d'améliorer son état psychique. [2]

Voyons maintenant en quoi cela consiste. Tout d'abord la pratique n'est pas neuve, mais elle se trouve actuellement en plein essor depuis 2016 dans nos contrées, depuis l'apparition massive de certains ouvrages de livres d'aide et par ceux de développement personnel. Marcel Proust en faisait déjà sa panacée dans son texte intitulé : "Sur la lecture".
Lors de la première Guerre Mondiale, aux États-Unis, le bibliothécaire en chef de l'hôpital des anciens combattants utilisait des livres afin d'aider les combattants blessés au combat à surmonter leurs traumatismes.
Dès lors, des études ont été faites afin d'analyser plus en détails les effets thérapeutiques de cette méthode ainsi que de son influence sur la psyché humaine. Pendant les années 2000, celle-ci a été reconnue comme méthode thérapeutique légale au Royaume-Uni (les Feel-Good Book en font partie intégrante) et s'est ensuite implantée au Canada dans la région de Québec. Même Feel-Good Book qui ont désormais pris une part du marché au sein des rayonnages des librairies et bibliothèques, sans qu'il ne soit nécessairement obligé d'avoir un minimum de talent d'écriture, mais ce succès soulève quelque chose : le besoin de réconfort et l'envie d'évasion que le livre peut nous offrir, surtout quand on sait que dix minutes de lecture chaque jour diminuent le stress. [8]

Mais l'objectif de cette bibliothérapie, que je vais appeler remède littéraire, est de faire sortir quelqu'un, dont la psyché est blessée, de l'état moral dans lequel il se trouve ou est plongé. État qui relève différentes formes, telles qu'une rupture douloureuse, la crise de la quarantaine, une profonde lassitude, le deuil, la neurasthénie, etc. Le livre devient alors en lui-même un vecteur de catharsis permettant de sortir le lecteur d'un potentiel état catatonique dans lequel il est plongé.
Après tout, de tous temps, les écrivains et les artistes ont utilisé l'art, sous différentes formes, afin de soigner leurs maux et de palier à l'omniprésente présence de la mort. C'est un mal qui soigne un autre mal.
L'écriture libératrice d'un auteur peut libérer un lecteur lui-même à mal dans sa vie, car après tout, pourquoi avons-nous des auteurs favoris ? Pourquoi avons-nous des lectures fétiches ? Sûrement parce le style, un personnage, des passages du livre ont réussi à toucher quelque chose en nous. Quelque chose avec lequel nous sommes en accord, ou mieux encore, que nous voudrions être. Et cela marche également avec les livres et auteurs que nous avons en horreur.

Maintenant, cette bibliothérapie prend plusieurs formes selon le pays dans lequel elle s'est implantée.

La bibliothérapie informative : dite cognitive que l'on trouve majoritairement au Royaume-Uni. Qui s'axe majoritairement sur une relation soignant-client et qui part du postulat que le client est autonome, a le droit de savoir ce qu'il a. Sa simplicité d'utilisation permet une réduction des coûts, des soins de santé moins dispendieux. En outre manche, certaines compagnies d'assurances remboursent les livres prescrits par les médecins. [2]

Les livres d'auto-aide ou self-help book : à la différence de la bibliothérapie créative (point en-dessous), nous avons ici des ouvrages non romanesques qui procurent de l’information, dans le but de solutionner un problème précis comme : Trente jours pour arrêter de fumer, Stop avec le superflus, J'arrête de râler etc.. Les livres de développement personnel ont également pris une place importante au sein de nos rayonnages. [3]

La bibliothérapie créative : Ici le patient est accompagné dans un processus créatif en utilisant la fiction et la poésie qui font reflet dans l'imaginaire du patient. Celui-ci devient le lecteur de sa propre histoire personnelle, et la bibliothérapie créative sert alors de ressource qui permet au patient d'atteindre quelque chose bloqué en lui. Le patient devient alors le lecteur de lui-même. C'est la pratique qui est utilisée en France et qui se rapproche le plus de l'art-thérapie.


Qui peut pratiquer cela et les caractéristiques.

Les médecins, les psychologues, les travailleurs sociaux, les bibliothécaires, les professeurs de français, les écrivain.e.s, les libraires, les passionné.e.s de livres etc. (se référer à la partie limite de cette pratique).

Il va de soi qu'une très large connaissance des littératures actuelles est requise afin de conseiller au mieux le livre qui conviendra parfaitement à son futur lecteur.ice. Et que conseiller un livre est une chose, mais interroger le lecteur après sa lecture demande un fil conducteur et une grande forme de neutralité.


Les limites de cette pratique.

- Le but de la bibliothérapie est de lire une œuvre déjà existante, une œuvre ou un roman qui marquera au plus profond la personne qui l'aura lu.
Sur le papier, c'est bien beau, sauf qu'à l'heure de la positivité à outrance, de la bienveillance malsaine, les maisons d'éditions sont déjà en train de sentir le filon en balançant à tour de bras des bouquins avec exercices d'estime de soi, des bouquins connaissances de soi, des self-help books/ (livre de développement personnel) autodidactes.
Bref, les rayonnages sont inondés de livres aux couvertures aveuglantes ou aux titres aussi longs qu'une baguette comme "Ta seconde vie commence quand tu saisis que ta vie de merde est causée par ta mère" ou "Le fabuleux pouvoir du gigot d'agneau, le livre qui a transformé la vie de millions de perdus existentiels, La magie de dérangement où comment en trente jours, j'ai foutu le feu à mon appartement" qui sont considérés comme bibliothérapie. Alors en soit, cela fait bien partie de la bibliothérapie dans son axe bibliothérapie informative, mais à force de voir dix mille bouquins de ce genre, le "patient" se perd encore plus dans les méandres du choix, dépense plus que raison, et on n'est même pas sûr du résultat. [4]

- Au niveau du cadre légal.
Il n'y a pratiquement rien, enfin si, et c'est inscrit quelques lignes plus bas . Tout le monde peut aller s'inscrire à un atelier de bibliothérapie et se revendiquer bibliothérapeute avec les dérives que cela comprend (
abus, emprise, harcèlement etc.*). Parce qu'il est bien beau de vouloir aider autrui, mais posons-nous la question de savoir pourquoi voulons nous aider autrui ? Satisfaire notre égo ? Le besoin de se mettre en avant ? L’irrépressible envie de contrôler la vie d'autrui ? Se faire de l'argent facilement ? Et comment, dans une société malade où nous voguons allégrement sur les vagues des névroses et des psychoses, pouvons-nous en tant que personne lambda se revendiquer bibliothérapeute ? Sans trop vouloir noircir le tableau, il existe des formateurs avec éthique, surtout qu'en France comme en Belgique seuls les professionnels de la santé ont le droit de porter le titre de thérapeute. [8]
Et lorsque l'on voit le prix d'une formation de quelques jours, comme 310 euros pour deux jours de formation... [9]
Rassurez-vous car, en DMZ, on fait ça gratuitement, et je parle de prodiguer des conseils lecture, pas de harceler. Mais on pense à exploiter le filon de vos faiblesses aussi. Vous comprenez, on a besoin de propagandes. [5] [6]

- Cela ne fonctionnera pas si quelqu'un n'aime absolument pas lire, ne sait pas lire, ou a des problèmes d'ordre DYS (lexie). Il y a très peu de retours sur le sujet, mais je vous invite à consulter le lien du point 7. Quant au support livre-audio et bibliothérapie, rien à l'horizon.



Sources.
1 - 2 - 3 - 45, [6] Ce n'est pas le texte initial 7 - 8 - 9

12 commentaires
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Passionnant, je ne connaissais pas le nom mais je conçois facilement l’efficacité de la méthode thérapeutique ! La part d’engagement du "client" est bien entendu primordiale j’imagine, tant au niveau motivation mise en condition et réceptivité. Je pense que ça pourrait aussi fonctionner avec des films ou des séries à épisodes !

Je m’interroge s’il serait pas envisageable de concevoir des lectures (dans la même optique) avec des questions en fin de livre peut-être pas aussi efficace qu’un thérapeute mais ayant l’intérêt de toucher des gens qui n’aiment pas bouger de chez eux ou ayant beaucoup de mal !
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"[...] aux États-Unis, le bibliothécaire en chef de l'hôpital des anciens combattants [...]"

*la
C'était une femme :)

https://www.radiofrance.fr/franceinter/connaissez-vous-sadie-peterson-delaney-la-femme-qui-a-invente-la-bibliotherapie-4005750
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Merci pour cet article ! Je crois beaucoup à la thérapie par l'art et la lecture en est un.

Par contre, comme tu le dis il faut encadrer légalement le métier et donc le reconnaître. Un livre feel good peut être très culpabilisant. (C'est du vécu)

Et puis la Culture est bénéfique au cerveau :)
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Perso j’ai toujours pratiqué la bibliotherapie mais sans trop m’en rendre compte. C’est en lisant cet article que je parviens à la pointer du doigt. Excellent, merci
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La lecture fait toujours un bien fou !

Comme l'a dit je ne sais plus qui (la phrase m'a marqué mais je ne retiens jamais l'auteur) : "La lecture est à l'esprit ce que l'exercice est au corps. "

Guérir par la lecture ? Je n'en doute pas.
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Très bon article d'ailleurs, merci Moleskine. ;)
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Je ne lis pratiquement pas. Non pas parce que je n’aime pas lire mais parce que je ne prends pas le temps.

Mais de la lecture pour m’aider dans ma vie. Pourquoi pas.

Merci pour cette propa très intéressante.
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J' ai apprécié l' article...Qui a lu "
Jung un voyage vers soi " ?
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Je n’arrivais plus à lire alors que j’adore ça. Puis, je suis arrivée ici et j’ai découvert le club de lecture sur [LIRE]. J’ai donc commencé par le livre proposé et j’enchaîne depuis roman sur roman.

Qu’est-ce que ça me fait du bien de m’évader. Ma thérapie par les livres se fait avec des romans.je pars en voyage et à l’aventure chaque jour.

Merci Moleskine, tu m’as mis indirectement le coup de pied au cul dont j’avais besoin pour recommencer à lire. Ça faisait 2 ans que je cherchais un moyen de retrouver ma petite bulle. Et ce coin de paradis est une bibliothèque.
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Je lis tous les soirs avant de m'endormir.
Ca me vide la tête, ça lave l'esprit.

Je lis de tout.
Ca va de la BD au roman bien complexe.
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Je vais compléter mon article avec une liste de livres qui sont donnés / conseillés à lire selon la problématique rencontrée.

Procrastination : Les vestiges du jour de Hazuo Ishiguro.
Migraine : Neige de Maxence Fermine.
Perte de confiance : A vif de Susanna Moore.
Honte : La couleur des sentiments de Kathryn Stockett.
Cicatrices émotionnelles : Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan.
Leucosélophobie (peur de la page blanche) : Le château de Cassandra de Dodie Smith.
Amour non partagé : Loin de la foule déchainée de Thomas Hardy.
Se sentir inutile : La particules élémentaires de Michel Houellebrcq
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Très bon article, la lecture, comme toute expression artistique permettant une projection ( peinture, sculpture, écriture etc..) peut aider à se sentir mieux, quelque soit le simple questionnement ou la pathologie (la différence est essentielle) ,ne pas confondre non plus le rôle et les compétences ,un thérapeute n’ est pas un psychologue et le psychiatre établira le diagnostic.
(Vous n'avez pas (encore) les droit necessaire pour répondre à cette article)
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